"Que ce soit du Ruban ou du Téton" par P.Y Bronsart


Sensualité, stylisme, excentricité, pose des corps, lumière ambiancée… tous les canons de la mode répondent présents. Pourtant, pas de message publicitaire, aucune marque dont cette série aurait pu faire l’objet. C’est tout simplement là l’univers plastique dans lequel Quentin Caffier aime évoluer.
Cette série photographique, Jeu de dupes, se construit sur deux piliers : le personnage et son détail. Qu’il s’agisse du Ruban ou du Téton, l’œil du spectateur, aussitôt après avoir lu le titre de l’œuvre, saute sur le diptyque pour l’identifier en image. Ou vice-versa. L’appétit du constat laissera pourtant sur sa faim : sur le cartel ou les photographies, il est simplement question de voir comment ces détails deviennent un laboratoire de création. Une poésie visuelle est à l’œuvre, et se garde bien de se soumettre à l’analyse.
Parce que ces petites choses que Roland Barthes appelait punctum, ne sont ni symboles, ni icônes. Ce ne sont que mots visuels formant une phrase photographique. « Chaque objet du monde peut passer d’une existence fermée, muette, à un état oral, ouvert à l’appropriation de la société. »
On se promène, donc, d’image en image. L’histoire est contée tour à tour par tel détail ou tel modèle, comme dans un livre de Robert Frank. A la page suivante se trouve toujours un peu de la précédente. Et si les face-à-face qu’emploie Quentin Caffier nous proposent à l’évidence une dialectique, c’est sous sa forme antithétique. Alors, quoi ? Thèse, antithèse, synthèse ? Pourquoi pas. Néanmoins, ce n’est pas tant la photographie de gauche contre celle de droite. Mais allons plutôt hors de cette duperie, de l’une à l’autre, et vers les suivantes. La série se lit dans son ensemble, et nous sommes invités à suivre le roman visuel de l’artiste.
C’est là toute la force de l’art que de proposer un voyage dont la destination n’est pas seulement inconnue, mais inexistante. Le frisson de cette promenade esthétique fonctionne parce qu’il laisse au spectateur la possibilité de s’égarer aux rêveries du promeneur solitaire.


Pierre-Yves Bronsart