7 Fragments : mes pieds

     Plus jeune, je rêvais souvent que l’on me poursuivait. Je tentais bien sur de prendre la fuite, mais j’étais si léger que je flottais à quelques centimètres du sol. Mes pieds ne faisaient donc que l’effleurer, et je ne pouvais prendre l’appui nécessaire.

     J’ai presque toujours vécu dans cette impression de légèreté, et j’ai toujours eu peur d’être trop ténu pour ne serait-ce que laisser mes empreintes là où je marchais. Je me sentais au bord de m’évaporer.

     C’est pourquoi je voulais prendre de la masse, du poids. Porter les chaussures plombées des scaphandriers. Je voulais que sur mon passage, l’espace temps se déforme.

     Parfois, j’imagine qu’alors que je marche, le trottoir se déforme et qu’un cratère se forme sous mes pas. Alors que la courbure devient de plus en plus importante, la lumière baisse tout autour de moi.

     Puis, la réalité cède, et je deviens un trou noir aspirant tout aux alentours.

     Voià pourquoi j’ai toujours aimé les filles en Doc Martens.