Jean-Paul Bath sur l'exposition


Il fût un temps où luxe rimait avec calme et volupté, ordre et beauté. Dans notre époque schizophrénique, les glossy magazines extrapolent souvent luxe en luxure, trash et porno chic, où s’exhibent des éphèbes adolescent exprimant un vide existentiel.
 
Jeune talent prometteur,  courtisé par ces mêmes magazines, Quentin Caffier prend ses distances ou marque sa différence, par sa palette personnelle.  A l’instar d’un Helmut Newton qu’il cite volontiers, dénonçant des diktats esthétiques, Quentin, lorsqu’il shoote pour la mode, apporte un nuage de fumée pour suggérer une odeur de soufre à ses modèles aux plastiques idéales. A  une lumière ultra léchée et sophistiquée qui aurait pu le faire glisser dans un Pierre & Gilles de bon aloi, il ajoute une explosion, une poussière d’étoiles, les flammes de l’enfer. 
Pour enfoncer le clou, lorsqu’il a la liberté de son sujet, il choisit avec quelque esprit de provocation un sujet à proprement parler douloureux. Mais paradoxalement, c’est alors que Quentin approche un certain mysticisme, une pause extatique.  Pendus par des crochets ou par la corde, ces sujets semblent vouloir transcender dans leur souffrance les travers d’une civilisation décadente. 
Philoctète masochiste et Onnagata transgenre, tels Thanatos et Eros, présentent deux approches bien différentes que Quentin souligne avec art dans deux traités opposés. Noir et blanc, style réaliste, matières brutes, plans serrés, proche d’un photo reportage clinique, dans la première série, évoquent la rigueur du retable d’Issenheim de Matthias Grünewald. Eclairages soignés, mise en scène soyeuse et acidulée, cadrage classique, dans l’autre, où seule la rugosité de la corde rappelle le supplice sous-jacent et un sadisme à la subtilité toute japonaise de Nobuyoshi Araki. 
Comme Richard Avedon dans sa série testament Mr & Mrs Comfort, Quentin prolonge ainsi le tango serré des photographes, entre mode et art conceptuel, détournant les riches mises en scène de studio pour résister à la tentation du confort esthétique, et chercher une âme dans un univers de Dolce Vita.
Jean Paul Bath
Directeur Général

art actuel communication
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